Les réseaux sociaux et leur modèle de données
Dans un article publié début novembre 2011, Pingboard revient sur la nature des données utilisées dans les réseaux sociaux.
Et plus particulièrement sur la caractérisation des relations établies par ces réseaux.
1) Follow, +1, etc.
Tout d'abord, il s'interroge sur la portée induite de chaque réseau. En effet, "suivre" sur Twitter n'est pas la même chose qu'"être en relation" sur LinkedIn. De même, "+1" n'a pas la même portée qu'"écrire une recommandation" sur Viadéo. Chaque réseau social a donc sa propre nature, et le niveau d'engagement d'une action dépend très fortement du réseau sur lequel elle est faite. Malheureusement, les webmestres se gardent bien d'afficher cette information sur leur site, si tant est qu'elle pourrait être prévisible et mesurable.
2) Tu veux être mon ami ?
Ensuite, le réseau social porte en lui-même une gradation des relations entre les membres. Google+ et son OpenGraph utilisent quelques 20 niveaux de relations, allant de l'ami proche à la connaissance, en passant par le réservé et la notion-balais de créé par l'usager. Au-delà de la définition de chacune de ces notions ( ami n'est pas entendu de la même façon partout dans le monde, le niveau d'attente est différents suivant les régions et les individus ), il est amusant de noter que toutes ces notions sont positives. Exit donc les nemesis et autres rivaux, de même qu'il est impossible de qualifier quelqu'un d'ancien collègue de travail sur les réseaux généralistes.
Sur le même plan, les informations partageables sont aussi fortement connotées. L'auteur de l'article rend donc compte de la possibilité de se déclarer alcoolique, mais pas fumeur invétéré. De même, un utilisateur est forcément homme ou femme, en aucun cas transgenre. Dans une optique de reproduire via ordinateur toute la palette des relations humaines, ces choix sont forcément discutables.
Et que dire des "relations" avec les personnes décédées ? A quand un "cimetière" sur Facebook, ou un "Paradis" permettant d'y placer l'être décédé, dans l'optique de l'y rejoindre à (long) terme ?
3) Quand les relations échappent à tout contrôle
Mais le plus étrange reste la nature plus ou moins publique des données. Une fois une information nous concernant diffusée ( par nous ou une autre personne ), il est difficile de la contrôler. dQui est en charge de maintenir la liste des permissions d'accès à chaque information ? Sûrement pas Facebook, qui change de politique de confidentialité presque chaque matin. Et restreindre soit-même la liste des informations que l'on diffuse en fonction des différents niveaux de relations peut donner l'impression que l'on a quelque chose de honteux à cacher, dont la connaissance est réservée à quelques rares privilégiés.
Ces mêmes rares privilégiés dont la liste varie au court du temps, car étant le décalque des relations humaines. Quid d'un ami proche déclassé en ami ? Comment va-t-il percevoir ce déclassement ? De même, pourquoi un ami de longue date se voit rangé au même niveau qu'un ami d'un an ? Ce sont tous les deux des amis, mais la longueur de la relation avec l'un implique un ressenti particulier qui est totalement ignoré par les réseaux sociaux.
Or, comme le dit l'auteur, maciej, "l'obsession de modéliser les relations humaines nous a conduit à une version sociale de la Uncanny Valley, ce phénomène étrange des représentations informatiques où plus on essaie de représenter fidèlement quelque chose d'humain, le pire ça devient".